Peinture mixte
 : Les mystères de l’Est


Avec les toiles d’Esti Levy à la galerie Schortgen, on est plongé d’emblée dans le grand bain des influences orientales, où même les figures les plus martiales pétillent de malice. Une exposition haute en couleur, c’est le cas de le dire.

Détail du polyptyque « Multiplicité »

Des silhouettes effilées tout en hauteur, desquelles on ne distingue que quelques traits de visage ; des compositions elles aussi résolument verticales, où les personnages côtoient d’étranges structures architecturales qui semblent avoir le ciel pour unique but ; un remplissage constant et polychrome ; çà et là, des bribes d’écriture ou d’alphabet : voici l’univers d’Esti Levy, à revoir à la galerie Schortgen, qui expose la Franco-Israélienne régulièrement depuis 12 ans déjà.

La famille de l’artiste déménage de Bulgarie en Israël alors que celle-ci est encore enfant. Suivent des études supérieures à Haïfa et à Paris, ville où est actuellement situé son atelier. À la vue de ses œuvres, on ne peut s’empêcher de faire le lien entre son histoire personnelle et le style qu’elle s’est choisi. En effet, par bien des aspects et dès le premier regard, ce sont les icônes byzantines et orthodoxes qui s’imposent à l’esprit lorsqu’on cherche à caractériser les peintures mixtes sur toile exposées. La richesse des ornements sur les vêtements des personnages et le tracé précis des contours frappent notamment. Mais contrairement aux icônes orientales, les traits des visages sont impossibles à deviner : tout au plus peut-on s’imaginer, parfois, des yeux ou l’esquisse d’une bouche.

Droits comme des i, les personnages d’Esti Levy n’ont d’ailleurs rien de religieux non plus, ou alors en faux-semblant. Car une subtile ironie se dégage des toiles grâce aux titres décalés, telle cette « Conférence au sommet » où l’on croit distinguer la rigidité de celles et ceux qui représentent des États ou de puissantes corporations. Il y a également ces « Totems actuels » (comment là aussi ne pas percevoir une certaine ironie), où une autre caractéristique importante des toiles de l’artiste est à découvrir : l’apparition de texte. Souvent du texte imprimé et collé, mais aussi de l’écriture cursive, et cela en hébreu ou en français, mais quelquefois en arabe ou… en caractères chinois.

La grille de lecture des toiles se trouve particulièrement rehaussée si l’on prend la peine de lire les textes, pour peu qu’on puisse les comprendre. Un exemple seulement pour le français : Esti Levy semble avoir une prédilection pour les collages d’emballages de pain d’une marque commerciale bien connue en France, une préoccupation terre-à-terre qui contraste au plus haut point avec l’allure quasi religieuse, on l’a vu, des peintures à première vue. Tout se passe comme si l’absence de traits distinctifs des visages était une invitation à s’attarder sur le luxe de détails des tableaux, afin d’y déchiffrer un message subtilement contraire à ce qu’une première impression en donne.

Ces figures altières et filiformes qui partent vers le ciel contiennent donc en elles toute une mécanique de couleurs pas si innocemment chatoyantes. Alors, sont-ce des santons, des rois mages, des icônes orientales ? Peu importe au fond : les toiles d’Esti Levy permettent à qui les admire de se perdre dans les méandres d’un Orient fantasmé, qui renferme tant de secrets encore à percer.

À la galerie Schortgen, jusqu’au 14 juillet.

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