Dans les salles : Death on the Nile

Pour sa deuxième adaptation d’un roman d’Agatha Christie, Kenneth Branagh resserre les boulons et propose un « whodunit » agréable.

La sympathique croisière sur le Nil va se révéler meurtrière… (Photos : Twentieth Century Fox Film Corporation)

La énième adaptation d’un livre de la « reine du crime » pose toujours la question de savoir pourquoi il est nécessaire de reprendre à l’écran une histoire qu’amateurs et amatrices connaissent déjà. Et quand Kenneth Branagh est aux manettes, l’interrogation est d’autant plus justifiée que son premier essai, « Murder on the Orient Express », était loin d’être convaincant. « Aïe, Kenneth Branagh se met au grandiloquent avec un casting de stars… qui font tout pour montrer qu’aucune ne tire la couverture à elle ! Peu novateur et n’apportant au fond pas grand-chose à une histoire déjà connue, le film est pourtant une petite douceur sucrée d’hiver qu’on peut aimer goûter, sans trop réfléchir, avec un soupçon de culpabilité », pouvait-on lire dans le woxx en 2017. De surcroît, l’industrie hollywoodienne a récemment prouvé qu’elle pouvait, avec un scénario original, concurrencer les intrigues certes retorses mais désormais passablement réchauffées d’Agatha Christie, avec le très bon « Knives Out ».

C’est donc avec circonspection que les cinéphiles se rendront dans les salles pour cette nouvelle version de « Death on the Nile ». Autant donner la bonne nouvelle tout de suite : le film, pensé comme une suite, avec pour liant l’interprétation savamment excentrique d’Hercule Poirot par Kenneth Branagh, procure un bien plus grand plaisir de cinéma que le décevant « Murder on the Orient Express ». L’imagerie numérique est un peu agaçante au début, l’effet « casting de stars » est toujours présent, la musique se fait parfois grandiloquente, certes. Mais comme si le réalisateur s’était aperçu de ces défauts, il les compense un à un : les pyramides par ordinateur sont contrebalancées par les plans très travaillés sur le steamer « Karnak », un personnage à part entière ; les interprétations, incluant celle de Branagh, sont justes et mesurées ; la bande-son diffuse aussi de la musique blues… que Poirot avouera même avoir (un peu) appréciée !

Prélude sensuel, 
excentricité mesurée

… mais rien ou presque n’échappe à Hercule Poirot.

Dans l’ensemble, l’intrigue du roman est respectée. Le scénariste Michael Green se permet toutefois un double prologue. Celui-ci montre d’abord Poirot sur un champ de bataille lors de la Première Guerre mondiale, puis dans un dancing en 1937, où il observe le premier acte du triangle amoureux qui constituera le cœur de l’énigme meurtrière. Passons sur la première partie, qui donne une explication romantique et tragique à la moustache fournie du détective. Pourquoi pas. On pourrait penser que la deuxième partie du prologue risque de faciliter la découverte du coupable pour qui ne connaît pas la fin. Mais, à la réflexion, les surprises et les rebondissements ménagés par Agatha Christie sont suffisamment prenants pour maintenir le doute jusqu’au bout. L’idée est dès lors plutôt bonne, puisqu’elle permet une scène très forte de concurrence dansée entre les deux jeunes rivales interprétées par Gal Gadot et Emma Mackey. Un prélude très sensuel qui autorise une transition parfaite vers la chaleur de l’Égypte.

Une fois les amarres du « Karnak » larguées, c’est le déroulement classique du « whodunit » qui prime. L’effet de dépaysement joue à plein, tout comme les prestations d’une distribution bien dirigée. L’Hercule Poirot de Kenneth Branagh est mesuré dans son excentricité, ce qui est plutôt agréable. On pardonne, on l’a vu, les images numériques devant la grandeur du temple d’Abou Simbel sur écran géant et le luxe du steamer, véritable refuge pour ultrariches d’une société qui élève l’argent en divinité… jusqu’au meurtre. Bien sûr, tout cela relève du déjà-vu ; on ne sent pas de grain de folie ou de renouvellement du genre. Mais le spectacle est écrit et mis en scène de façon qu’on suive les tribulations du détective belge avec un plaisir certain, même si on a déjà lu le livre ou vu les précédentes adaptations.

Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : XX


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