Dans les salles : Maigret

Après avoir adapté une première fois Georges Simenon dans « Monsieur Hire » en 1989, Patrice Leconte revient à l’auteur belge avec « Maigret ». Dans le rôle du commissaire divisionnaire, Gérard Depardieu constitue l’attraction principale du film.

Les clés de son succès : Maigret est méticuleux… (Photos : Ciné-@ F comme film/Pascal Chantier-Stéphanie Branchu)

Voilà des années que Gérard Depardieu semble se caricaturer lui-même, tant dans ses rôles au cinéma que dans ses apparitions publiques. Pourtant, lorsqu’il arrive à l’écran dans « Maigret » se dégage une évidence : la démarche balourde, les silences, les répliques évasives ou les grommellements, parfaitement fidèles à ce qu’on attend du personnage emblématique du roman policier francophone, tout paraît taillé sur mesure pour lui. L’acteur traîne sa carcasse comme le policier de fiction écume les comptoirs, écoute plus qu’il ne parle, use de son ascendant physique pour soutirer confessions ou aveux… sans même fumer sa pipe, que lui a interdite son médecin. S’il y a un digne successeur à Jean Gabin pour incarner Maigret au cinéma – la télévision a quasi monopolisé le personnage –, c’est bien Depardieu donc. Au point que tous les autres rôles, tenus avec talent pourtant, sont des seconds rôles.

Dans ce long métrage adapté de « Maigret et la jeune morte », l’intrigue, comme souvent chez Simenon, n’est pas aussi importante que la plongée dans la psychologie des personnages, dans le zeitgeist de l’époque. L’histoire a même été un peu simplifiée par Patrice Leconte et son coscénariste Jérôme Tonnerre. Mais, sous le contrôle des ayants droit (la référence à Simenon Limited est bien en évidence dans le générique), les deux ont cependant apporté quelques touches nouvelles au personnage du commissaire, habituellement placide et sur lequel semblent glisser les événements. Un parallèle est dressé entre cette jeune fille à peine majeure retrouvée poignardée dans une robe de soirée et la fille du couple Maigret, qui aurait eu à peu près le même âge, si elle avait vécu. D’où une certaine fragilité de Maigret, appuyée à la fin par sa rencontre avec une provinciale fraîchement débarquée à Paris, valise à la main et espoir plein les yeux. Comme l’a été à son arrivée la jeune morte. Oh ! ce changement n’est pas une révolution, tout comme le sourire timide qu’ébauche le commissaire à un moment n’en fait pas un boute-en-train, mais les scénaristes évitent tout de même un caractère trop monolithique. On leur pardonne même une tentative plutôt ratée d’humour belge.

… et ne lâche jamais l’affaire.

Encaustique et 
caméra oscillante

Côté production, l’ambiance de l’époque est parfaitement rendue, avec un soin particulier apporté aux détails. On croirait sentir le tabac froid, l’encaustique, la tête de veau sauce gribiche et les parfums d’une maison bourgeoise des années 1950. On entend le froissement des étoffes, les pas sur le pavé parisien. Malheureusement, Patrice Leconte opte pour une réalisation avec une caméra qui, comme le veut la tendance actuelle, oscille, cadre et recadre en permanence. Peut-être la touche de modernité dans un film qui, sinon, pourrait très bien se targuer d’avoir atterri au 21e siècle après avoir été piégé dans une boucle temporelle ? Toujours est-il que le procédé pourra agacer. Le cinéaste a cependant la bonne idée de concentrer son film en moins d’une heure et demie, lui procurant une efficacité sans temps morts.

On l’aura compris, avec sa grande fidélité à Simenon et sa reconstitution minutieuse, « Maigret » s’adresse d’abord à un public féru d’enquêtes policières un peu surannées, qui a envie de découvrir un nouvel avatar d’un personnage déjà légendaire. Aux enthousiastes de Depardieu aussi, évidemment. Exit le polar alambiqué à l’intrigue tordue ; place au commissaire bourru dont la ténacité et l’écoute remplacent avantageusement les toutes dernières techniques de la police scientifique. En cela, le film est avant tout patrimonial, et celles et ceux dont les livres de Simenon ont fait (ou font encore) les délices y trouveront leur compte. Qu’il élargisse le cercle des amateurs et amatrices du maître belge du roman policier est par contre moins certain.

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