Interview | Pour Asselborn, l’offensive en Syrie « remet en question la relation entière avec la Turquie »

Une déclaration commune de l’UE sur l’attaque turque contre des positions de la milice kurde s’est heurtée au veto de l’Hongrie. Le conseil des affaires étrangères lundi à Luxembourg s’annonce difficile.

Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères et européennes avec son homologue turc Mevlüt Çavuşoğlu, en janvier 2019 à Ankara. (Source : gouvernement.lu)

Comment avez-vous réagi face à l’annonce d’une offensive turque dans le nord de la Syrie ?

C’est une action que l’on a du mal à comprendre, surtout concernant une région où la population a déjà tant souffert et où maintenant des villages sont bombardés, où des civils meurent et les infrastructures sont détruites. Déjà, ce soi-disant « corridor de paix » d’une profondeur de 30 kilomètres et d’une longueur de 480 kilomètres que la Turquie cherche à mettre en place dans le nord-est de la Syrie, ne pourra devenir réalité sans l’accord des réfugiés syriens (1 à 3 millions et que la Turquie souhaite rapatrier, ndlr) et celui de l’ONU. Évidemment cette offensive remet également en question l’l’intégrité du territoire syrien. Elle risque aussi de mettre un terme aux efforts de rédiger une nouvelle constitution pour l’après-guerre en Syrie.

Que pensez-vous de la position des États-Unis ?

S’il devait s’avérer qu’il y a eu accord tacite entre les présidents Erdogan et Trump, alors cela va à l’encontre d’une politique extérieure logique et civilisée, contre toute position élémentaire sur les droits humains. On ne sait pas pour l’heure quel tour cela va prendre, mais il y a eu un grand débat au sein du sénat américain pour sanctionner la Turquie. Je pense qu’au conseil des ministres des Affaires étrangères ce lundi à Luxembourg, nous n’allons pas non plus nous vautrer dans l’indifférence.

Depuis un accord avec l’UE en 2016, la Turquie héberge plus de réfugiés syriens sur son territoire qu’aucun autre pays…

C’est un point qui pour nous Européens est d’une grande importance. La Turquie héberge près de 4 millions de Syriens et d’Irakiens et nous devons faire en sorte que la Turquie continue de disposer des moyens financiers pour assurer leur éducation dans les écoles et le bon fonctionnement des hôpitaux. Mais force est de constater que la situation actuelle, qui peut s’amplifier si le gouvernement turc continue de poursuivre ses objectifs, remet en question la relation entière avec la Turquie.

Pour les Kurdes syriens, l’Europe est leur dernier espoir. Beaucoup parlent déjà de « trahison ». À votre avis, que va-t-il se passer ?

Les Kurdes syriens ont tenu bon et ont mené pour nous le combat contre le terrorisme, le djihad et l’État islamique. Ils se sont sacrifiés et ont terriblement souffert. Et tout cela pour quoi ? J’avoue que j’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi on n’a pas pu se mettre d’accord jusqu’à présent pour dire que les Kurdes ont été héroïques. Moscou a fait savoir qu’ils tiendront la situation actuelle à l’œil. Lavrov a déclaré que la Russie ne se contenterait pas de regarder de loin les opérations militaires. On verra. Pour le moment, tout cela n’est que spéculation.


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