Le Mozambique à la Chambre

La semaine passée, le ministre de l’Armée a tenté d’expliquer le pourquoi d’une mission militaire au Mozambique. Déi Lénk, qui avait posé une question élargie, en a tiré un communiqué dévastateur.

« Il est tout simplement incompréhensible que notre gouvernement puisse envoyer des soldats luxembourgeois en Afrique pour défendre l’exploitation d’énergies fossiles et les intérêts du grand capital. » C’est la quintessence du communiqué de presse indigné de Déi Lénk suite au projet de mission militaire européenne au Mozambique évoqué à la Chambre le 10 juin.

Dans ce pays du sud-est africain, une insurrection djihadiste a fait parler d’elle, surtout depuis que la société Total a dû arrêter son projet d’exploitation des gisements gaziers offshore pour raisons de sécurité. Officiellement, c’est la lutte contre le terrorisme et la protection des populations civiles qui demandent une intervention. Au niveau européen, où le Luxembourg envisage de s’impliquer, le conseil des ministres de la « Défense » du 6 mai avait seulement discuté d’une mission d’entraînement. La députée Nathalie Oberweis (Déi Lénk) avait alors adressé une question élargie au ministre de l’Armée François Bausch, débattue en plénière la semaine passée.

Logique interventionniste et néocoloniale

Le communiqué, intitulé « Contre l’envoi de troupes au Mozambique ! », critique la mission, à laquelle le Luxembourg a donné son accord de principe. Déi Lénk met en garde : « Ce genre d’interventions commence très souvent par des missions d’entraînement, plus acceptables pour l’opinion publique, juste pour être discrètement renforcées et étendues par la suite. » Le parti estime que cette initiative européenne obéit à une « logique interventionniste et néocoloniale » et voit ses dénonciations passées de la militarisation de l’Europe confirmées : « L’UE a de plus en plus la volonté de défendre ses intérêts économiques sur d’autres continents par des moyens militaires et le Luxembourg compte y jouer un rôle actif. »

Le communiqué est un peu sévère à l’égard de Bausch. En effet, lors de l’échange avec Oberweis à la Chambre, le ministre n’a pas laissé de doute sur le fait qu’il entend limiter la participation luxembourgeoise à des actions comme la formation de l’armée mozambicaine au respect des standards internationaux. Comme si souvent, Bausch a néanmoins soufflé le chaud et le froid, admettant la complexité de la situation et la persistance de l’héritage colonial, tout en insistant sur les « nombreux enfants tués » et l’importance d’une approche musclée face aux djihadistes.

Mission d’entraînement européenne

À juste titre, le ministre a signalé que, au Mali, la mission européenne est restée limitée, alors que, par contre, l’intervention française avait une dimension « active » dès le départ. Le glissement de l’engagement européen vers une mission de combat n’est effectivement pas une fatalité. Cependant, il faut rappeler que, en 2013, avant que la France n’intervienne seule, la question de faire appel aux Battlegroups européens avait été évoquée.

Surtout, une mission d’entraînement au Mozambique aurait une autre dimension si, en parallèle, certains pays occidentaux intervenaient directement dans les combats. Oberweis a eu raison de prévenir que les populations locales, dans un contexte de rejet du néocolonialisme, ne feraient pas la différence entre missions d’entraînement de militaires et missions de combat. Un amalgame d’autant plus plausible que le gouvernement mozambicain est considéré comme « vendu » aux intérêts occidentaux et mène une guerre sale contre l’insurrection (bientôt en ligne : woxx 1637 : Aidons les pourri-e-s ?).

Il n’est pas certain que, au vu de la situation « complexe », l’UE se mette d’accord sur une mission. On devrait assister alors à l’intervention d’une coalition ad hoc, à laquelle le Luxembourg ne devrait pas participer. En cas de participation à une mission d’entraînement européenne, Bausch a assuré que, en application de la nouvelle loi sur les missions militaires, il demanderait « l’assentiment de la Chambre ». Malheureusement, cet engagement est doublement trompeur : d’une part, même dans la procédure « sévère », la Chambre ne dispose pas d’un véritable veto, d’autre part, dans le cas d’une mission de l’UE, s’applique la procédure « simple », avec pour seule obligation « la consultation des commissions compétentes de la Chambre ».

 

 


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