Protection des animaux : Pas de viande sans os

von | 07.06.2018

La nouvelle loi sur la protection des animaux a donné lieu à un débat à la Chambre trop consensuel… et à quelques passages de discours plus inspirés.

(Illustration : deiereschutzgesetz.lu)

« On peut compter sur des améliorations en matière de protection des animaux quand cette loi entrera en vigueur. C’est pourquoi nous voterons en sa faveur. » En disant cela, David Wagner a parachevé ce qu’on pressentait déjà : l’unanimité du parlement en faveur de la nouvelle loi sur la protection des animaux. Le député de Déi Lénk était intervenu après l’ensemble des autres partis lors du débat sur la loi ce mercredi après-midi. Avant lui, le CSV, puis l’ADR avaient apporté un soutien étonnamment enthousiaste au texte de loi, alors que des institutions conservatrices comme la Chambre d’agriculture et le Conseil d’État avaient émis de nombreuses réserves.

L’unanimité des votes en faveur d’une loi qui représente sans doute un compromis raisonnable est compréhensible. Mais le fait que les débats à la Chambre n’aient reflété ni les points de vue des défenseur-se-s les plus « ultras » des droits des animaux ni ceux des adversaires de la reconnaissance de tels droits est plus dérangeant.

Certes, Wagner a tenté de jouer la carte du « ça ne va pas assez loin ». Mais, au-delà de son malaise d’être « mangeur de viande », son argumentation avait peu de profondeur. Surtout, elle s’alignait plutôt sur les critiques du Mouvement écologique (voir woxx.eu/pxsz) que sur celles des végétarien-ne-s ou végan-e-s éthiques. Gérard Anzia a quant à lui rappelé que Déi Gréng avaient mis en place un groupe de travail en 2016. Il a mis en avant un certain nombre d’améliorations à apporter, concernant par exemple le sort des 25.000 poissons-zèbres utilisés pour la recherche médicale, mais on aurait pu s’attendre à des revendications plus fondamentales.

Un poisson-zèbre. (Photo : Wikimedia/Marrabbio/PD)

Imprécisions et contradictions

Qu’on soit mangeur-se de légumes ou de viande, le débat a laissé tout le monde sur sa faim. Les quelques questions soulevées lors des interventions n’ont malheureusement pas été reprises par un Fernand Etgen déjà en mode préélectoral. Il s’est contenté de résumer les innovations de la loi, d’annoncer la mise en place du site de sensibilisation deiereschutzgesetz.lu et de se féliciter, comme la plupart des intervenant-e-s, que le Luxembourg aurait désormais la loi de protection des animaux la plus avancée au monde.

Quant aux mises en garde contre certaines ambiguïtés juridiques, voire des remarques ironiques sur les contradictions internes de la loi, on s’y attendait de la part de l’ADR, et peut-être du CSV ou du DP. Or, les discours de Roy Reding, Ali Kaes et Edy Mertens – les deux derniers élus de la circonscription Nord – étaient unilatéralement favorables à la loi. Le député DP, à défaut de raisonnements politiques, a d’ailleurs fait défiler une véritable arche de Noé, depuis les araignées (qu’il craint) jusqu’à son teckel (défunt), en passant par un véritable lion africain (adopté par une villageoise). L’intervention la plus inspirée a finalement été celle de Cécile Hemmen. La députée LSAP n’a pas hésité à montrer du doigt les faiblesses et les imprécisions de la nouvelle loi, ni à rappeler que notre empathie envers les animaux faisait du deux poids, deux mesures. Et de constater : « La loi s’appuie sur un consensus sociétal, ce qui conduit à un certain nombre d’incohérences. »

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