Rapport Waringo : Aïe, aïe, aïe !

Le rapport du représentant spécial du premier ministre auprès de la Cour grand-ducale vient de tomber – et confirme ce que la presse en disait à l’avance.

(© Cour grand-ducale/Marion Dessard)

L’on ne sait pas quel rapport le sieur Stéphane Bern a pu lire quand il tentait d’exonérer la grande-duchesse. Mais ce n’est certainement pas le rapport Waringo qui vient d’être publié. Car au contraire de ce que le visiteur du palais prétendait, le rapport met bel et bien en cause l’épouse du grand-duc. Et donne raison à celles et ceux qu’il qualifiait de « petits journaleux » il y une semaine.

La grande-duchesse est mentionnée une douzaine de fois dans le rapport et rarement dans des contextes très propices : « les décisions les plus importantes dans le domaine de la gestion du personnel, que ce soit au niveau du recrutement, de l’affectation aux différents services ou encore au niveau du licenciement, sont prises par S.A.R. la Grande-Duchesse. Dans au moins [deux] cas où je voulais apporter ma contribution pour trouver une solution, j’ai clairement senti la présence de S.A.R. la Grande-Duchesse dans le fonctionnement de la Cour », écrit-il pudiquement. Et d’ajouter qu’à son avis il n’y a « pas d’autre solution » que de « réformer le fonctionnement de notre Monarchie sur ce point essentiel » – en d’autres mots réduire le rôle de l’épouse du chef de l’État à « une fonction purement représentative ».

« La gestion des ressources humaines soulève de nombreuses interrogations »

D’ailleurs, le rapporteur Jeannot Waringo ne semble pas toujours avoir été le bienvenu à Colmar-Berg. Après un courrier envoyé au maréchal de la Cour demandant des renseignements supplémentaires afin de proposer au premier ministre un recrutement auprès de la grande-duchesse, il relate avoir été arrêté dans ses efforts par un bureau d’avocats mandaté par l’Administration des biens du monarque. Un épisode que le rapporteur dit avoir vécu « comme un tournant dans ma façon de concevoir ma collaboration avec les responsables de la Cour grand-ducale. À partir de ce moment-là, je ne pouvais plus me départir de l’impression que ma présence était ressentie comme un élément perturbateur et non pas comme une aide en vue de la réforme de notre Monarchie ».

Et pourtant, il y aurait du pain sur la planche : outre le flou hiérarchique et le rôle peu expliqué du « manager général » crée en 2015 et dont Waringo ne perçoit pas l’utilité, au point où il estime que le « titulaire actuel pourrait utilement être affecté à un autre poste », les rumeurs sur l’arbitraire dans le maniement du droit du travail se vérifient. Tout compte fait, ce n’étaient pas une trentaine de personnes qui ont quitté la Cour grand-ducale depuis 2014, comme l’avait écrit reporter.lu, mais bien 51 (sans compter les départs à la retraite) dont 11 licenciements, 16 démissions, autant de changements d’administration et huit résiliations après période d’essai. Waringo constate sobrement : « Il s’impose de noter que les mouvements au niveau du personnel ont été très importants au cours de la période sous revue. »

Sur le moral au travail, le rapporteur a constaté que les personnes affectées au service de la monarchie avaient plutôt triste allure : « La gestion des ressources humaines soulève de nombreuses interrogations », constate-t-il. Et de relever pêle-mêle des « signes révélateurs qui ne trompent pas » : l’absence de jovialité dans les « échanges et discussions entre collègues », une communication interne « quasi inexistante » et un quotidien « rythmé par des non-dits et par des rumeurs ». Bref, ce n’est pas la joie, et le rapporteur explique aussi les nombreux départs par cette ambiance délétère.

Un autre point intéressant est le service de la communication grand-ducale : fondé en 2001 suite à une demande de la cour (avant c’était le Service information et presse du gouvernement qui s’en chargeait), il plonge aussi dans le flou. Au point où Waringo dit ne pas avoir pu « obtenir d’informations précises sur la stratégie de communication tant externe qu’interne de la Cour ». Flou également concernant les sites internet de la cour, payés par le contribuable. Là, Waringo constate que le site principal monarchie.lu est totalement vieillot par rapport à celui dédié à l’épouse du grand-duc (grande-duchesse.lu) – pourvu d’un design et des gadgets dernier cri. Pas étonnant que ce dernier avait été vu comme prioritaire et hébergé auprès du Centre des technologies de l’information de l’État, alors qu’il s’agit d’un « site privé », selon Waringo.

Bref, des réformes d’imposent, et même si le maréchalat de la Cour a proclamé vouloir « contribuer de manière constructive à la mise en œuvre des améliorations proposées dans ce rapport » – il reste un long chemin pour amener la monarchie luxembourgeoise au 21e siècle.


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