Satellite luxo : c’est cher, la guerre !

von | 06.04.2020

Un projet de satellite d’observation, bĂąclĂ© en 2018, se rĂ©vĂšle deux fois plus cher que prĂ©vu. La plateforme pour la paix FSPL s’insurge contre le scandale financier et sur les choix politiques sous-jacents.

Vaisseau « Corona ». Le satellite de reconnaissance amĂ©ricain KH-4B de la fin des annĂ©es 1960 s’appelait vraiment ainsi.
(Wikimedia ; PD-USGov)

La plateforme pour la paix cite le « ministre de la guerre ». « Un dĂ©roulement malheureux et prĂ©cipité », c’est ainsi que François Bausch a qualifiĂ© la procĂ©dure d’acquisition d’un deuxiĂšme satellite militaire luxembourgeois. Il s’agit du National Advanced Optical System (NAOS), pour le financement duquel le gouvernement vient de dĂ©poser un second projet de loi, aprĂšs celui de 2018. C’est que l’estimation des coĂ»ts de ce satellite d’observation terrestre a plus que doublĂ© entre-temps.

« Un amateurisme scandaleux », c’est ce qu’un communiquĂ© de l’ONG « Friddens- a SolidaritĂ©itsplatform » (FSPL) reproche au gouvernement (original en allemand). Elle se demande aussi si les 350 millions prĂ©vus actuellement (aprĂšs 170 millions annoncĂ©s en 2018) suffiront pour financer le projet. « Les explications du gouvernement se prĂ©sentent comme un dĂ©sastre administratif : la relocalisation du contrĂŽle du satellite depuis la caserne de Diekirch vers Redu en Belgique, puisque la gestion et la maintenance ne seraient pas possibles au Luxembourg. »

Bausch et Schneider, criminels de guerre ?

La FSPL relĂšve encore qu’en 2018, le projet de loi Ă©tait dĂ©posĂ© sans que les Ă©tudes prĂ©liminaires soient clĂŽturĂ©es, et que l’attribution du marchĂ© laissait un arriĂšre-goĂ»t (en fait, ce serait la mĂȘme sociĂ©tĂ© OHB qui aurait menĂ© les Ă©tudes puis obtenu le marchĂ©). La FSPL exprime encore son attente que, « lors des sessions de la commission parlementaire et du parlement, toute la transparence soit faite sur ce ‘dĂ©sastre administratif’. Ce serait aussi l’occasion de s’interroger sur le soutien militaire Ă  l’Otan dans le cadre de la politique spatiale nationale ».

Ce que la FSPL n’explicite pas, c’est qu’en mettant des satellites au service de ses « partenaires » dans le cadre d’opĂ©rations militaires, le Luxembourg risque d’ĂȘtre impliquĂ© dans des crimes de guerre, notamment Ă  travers le bombardement de civil-e-s et les « assassinats ciblĂ©s ». Notre pays ne sera guĂšre en mesure de s’opposer Ă  des usages non souhaitĂ©s des satellites, puisque l’exposĂ© des motifs du nouveau projet de loi 7542 avoue que la gestion opĂ©rationnelle « demande des compĂ©tences techniques spĂ©cifiques, dont l’ArmĂ©e ne dispose pas et qu’elle ne pourra pas dĂ©velopper Ă  moyen terme ». En externalisant cette gestion, le Luxembourg ouvre la porte Ă  la perpĂ©tuation de crimes de guerre en dehors de son contrĂŽle, mais sous sa responsabilitĂ© juridique.

La FSPL contre NAOS et GovSat

La FSPL ne se contente pas de critiquer le NAOS, mais rappelle aussi que le satellite de communication GovSat-1, dĂ©jĂ  en orbite, peut ĂȘtre utilisĂ© Ă  des fins militaires. Conclusion : « Pas besoin de beaucoup de rĂ©flexion pour se rendre compte des possibilitĂ©s d’emploi de GovSat-1 et de NAOS. La plateforme est d’avis que cette politique satellitaire a peu de chose Ă  voir avec des mesures en faveur du maintien de la paix. »

Rappelons que cette approche « win-win-win » est l’hĂ©ritage d’Étienne Schneider, qui cherchait ainsi Ă  satisfaire en mĂȘme temps l’exigence d’augmenter les dĂ©penses militaires et la volontĂ© de dĂ©velopper le secteur spatial. Or, son collĂšgue de parti Jean Asselborn vient de dĂ©clarer sur RTL, au vu de la crise du coronavirus, qu’il vaudrait mieux que les pays de l’Otan investissent dans la recherche plutĂŽt que dans l’équipement militaire. François Bausch, ministre de l’armĂ©e issu du parti vert, un parti nĂ© notamment des mouvements pacifistes des annĂ©es 1970, trouvera-t-il le moyen de libĂ©rer le Luxembourg de la dĂ©rive militariste nĂ©faste due Ă  son prĂ©dĂ©cesseur ?

 

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