Centrale nuclĂ©aire de Hinkley : Le Tribunal de l’UE rejette la contestation de l’Autriche et du Luxembourg

von | 12.07.2018

« CoincĂ© en 1957 », titre Greenpeace au sujet de la dĂ©cision du Tribunal de l’UE de rejeter une contestation, Ă©manant de l’Autriche et du Luxembourg, Ă  l’encontre d’une dĂ©cision de la Commission europĂ©enne autorisant les subventions de l’État britannique pour la construction et l’exploitation de la centrale nuclĂ©aire de Hinkley Point C.

Visite en novembre 2015 du site de Hinckley Point C par la ministre de l’Énergie de l’Ă©poque, Andrea Leadsom, le directeur de construction Nigel Cann (Ă  gauche) et le CEO de la branche britannique d’EDF Vincent de Rivaz. (CC BY-ND 2.0)

La tribunal a admis que l’aide d’État Ă©tait justifiĂ©e au regard du traitĂ© Euratom et rappelle Ă  cet Ă©gard que « l’objectif de promouvoir l’énergie nuclĂ©aire et, plus spĂ©cifiquement, d’inciter Ă  la crĂ©ation de nouvelles capacitĂ©s de production d’énergie nuclĂ©aire se rattache Ă  celui de la CommunautĂ© Euratom consistant Ă  faciliter les investissements dans le domaine nuclĂ©aire ».

Par ailleurs, selon le traitĂ© fondateur de l’UE, chaque État membre aurait le droit de choisir entre les diffĂ©rentes sources d’énergie celles qu’il prĂ©fĂšre.

En ce qui concerne l’argument de l’Autriche selon lequel la technologie utilisĂ©e Ă  Hinkley Point C n’est pas nouvelle, le tribunal constate que ni les rĂšgles en matiĂšre d’aides d’État ni le traitĂ© Euratom n’exigent l’existence d’une innovation technologique. En plus, argumente le tribunal, la technologie devant ĂȘtre utilisĂ©e Ă  Hinkley Point C est plus avancĂ©e que celle qui est utilisĂ©e dans les centrales nuclĂ©aires qu’elle est censĂ©e remplacer – un critĂšre facile Ă  remplir, vu l’ñge du parc des centrales nuclĂ©aires britanniques.

Le tribunal rejette Ă©galement les arguments de l’Autriche selon lesquels l’intervention du Royaume-Uni n’était pas nĂ©cessaire : « La Commission a conclu Ă  bon droit que, eu Ă©gard Ă  l’absence d’instruments financiers de marchĂ© et d’autres types de contrats permettant de couvrir les risques substantiels auxquels sont soumis les investissements dans le nuclĂ©aire, une intervention de l’État Ă©tait nécessaire pour crĂ©er en temps utile de nouvelles capacitĂ©s de production d’énergie nuclĂ©aire. »

Andrea Carta, avocat de Greenpeace EU, a dĂ©clarĂ© a ce sujet : « Le tribunal a manquĂ© une occasion en or de reconnaĂźtre que le nuclĂ©aire appartient au passĂ© et qu’il ne devrait pas ĂȘtre exhumĂ© avec l’argent des contribuables. Si le traitĂ© Euratom de 1957 constitue une base lĂ©gale permettant de gaspiller les ressources publiques dans les centrales nuclĂ©aires, alors il doit ĂȘtre modifiĂ© pour reflĂ©ter la rĂ©alitĂ© d’aujourd’hui : les Ă©nergies renouvelables sont moins chĂšres, plus sĂ»res et peuvent remplacer le nuclĂ©aire. »

La dĂ©cision entrerait, selon Greenpeace, en contradiction avec les mesures de l’UE adoptĂ©es le mois dernier pour encourager les citoyens et les collectivitĂ©s Ă  gĂ©nĂ©rer, consommer et vendre leur propre Ă©nergie renouvelable.

Le gouvernement britannique a garanti un tarif de 92,50 livres (104,6 euros) par mĂ©gawattheure (MWh) – le prĂ©tendu « prix d’exercice » (strike) – pour l’Ă©lectricitĂ© produite Ă  Hinkley Point C. Ce prix est deux fois plus Ă©levĂ© que le prix de gros d’électricitĂ© actuel au Royaume-Uni. Les consommateurs d’Ă©lectricitĂ© paieront la diffĂ©rence si le prix de gros de l’Ă©lectricitĂ© tombe en dessous du prix garanti. Selon des estimations Ă©manant du DĂ©partement britannique des affaires, de l’énergie et de la stratĂ©gie industrielle, cela coĂ»tera aux consommateurs britanniques autour de 30 milliards de livres (33,9 milliards d’euros) sur 35 ans.

Le rĂ©gime d’aides d’État bĂ©nĂ©ficiera Ă  NNGB, la sociĂ©tĂ© qui construit et exploitera Hinkley Point C, qui appartient Ă  EDF et Ă  China General Nuclear Power Group.

L’Autriche avait demandĂ© l’annulation de cette dĂ©cision devant le Tribunal de l’UE. Au cours de la procĂ©dure, le Luxembourg est intervenu pour soutenir de l’Autriche, tandis que la RĂ©publique tchĂšque, la France, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et le Royaume-Uni sont intervenus pour soutenir la Commission.

Dans sa prise de position, Greenpeace fait Ă©tat d’une Ă©tude rĂ©cente selon laquelle les projets appartenant Ă  des coopĂ©ratives rapportent Ă  l’économie locale un revenu huit fois supĂ©rieur par rapport au projet d’une grande sociĂ©tĂ© d’Ă©lectricitĂ©. De mĂȘme, un rapport de CE Delft en 2016 aurait montrĂ© qu’avec le soutien appropriĂ©, la moitiĂ© des citoyens europĂ©ens pourraient produire leur propre Ă©lectricitĂ© Ă  partir d’Ă©nergies renouvelables d’ici 2050, rĂ©pondant Ă  prĂšs de la moitiĂ© de la demande d’Ă©lectricitĂ© de l’UE.

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