« CoincĂ© en 1957 », titre Greenpeace au sujet de la dĂ©cision du Tribunal de l’UE de rejeter une contestation, Ă©manant de lâAutriche et du Luxembourg, Ă l’encontre d’une dĂ©cision de la Commission europĂ©enne autorisant les subventions de l’Ătat britannique pour la construction et l’exploitation de la centrale nuclĂ©aire de Hinkley Point C.

Visite en novembre 2015 du site de Hinckley Point C par la ministre de l’Ănergie de l’Ă©poque, Andrea Leadsom, le directeur de construction Nigel Cann (Ă gauche) et le CEO de la branche britannique d’EDF Vincent de Rivaz. (CC BY-ND 2.0)
La tribunal a admis que l’aide d’Ătat Ă©tait justifiĂ©e au regard du traitĂ© Euratom et rappelle Ă cet Ă©gard que « lâobjectif de promouvoir lâĂ©nergie nuclĂ©aire et, plus spĂ©cifiquement, dâinciter Ă la crĂ©ation de nouvelles capacitĂ©s de production dâĂ©nergie nuclĂ©aire se rattache Ă celui de la CommunautĂ© Euratom consistant Ă faciliter les investissements dans le domaine nuclĂ©aire ».
Par ailleurs, selon le traitĂ© fondateur de lâUE, chaque Ătat membre aurait le droit de choisir entre les diffĂ©rentes sources dâĂ©nergie celles quâil prĂ©fĂšre.
En ce qui concerne lâargument de lâAutriche selon lequel la technologie utilisĂ©e Ă Hinkley Point C nâest pas nouvelle, le tribunal constate que ni les rĂšgles en matiĂšre dâaides dâĂtat ni le traitĂ© Euratom nâexigent lâexistence dâune innovation technologique. En plus, argumente le tribunal, la technologie devant ĂȘtre utilisĂ©e Ă Hinkley Point C est plus avancĂ©e que celle qui est utilisĂ©e dans les centrales nuclĂ©aires quâelle est censĂ©e remplacer â un critĂšre facile Ă remplir, vu lâĂąge du parc des centrales nuclĂ©aires britanniques.
Le tribunal rejette Ă©galement les arguments de lâAutriche selon lesquels lâintervention du Royaume-Uni nâĂ©tait pas nĂ©cessaire : « La Commission a conclu Ă bon droit que, eu Ă©gard Ă lâabsence dâinstruments financiers de marchĂ© et dâautres types de contrats permettant de couvrir les risques substantiels auxquels sont soumis les investissements dans le nuclĂ©aire, une intervention de lâĂtat Ă©tait neÌcessaire pour crĂ©er en temps utile de nouvelles capacitĂ©s de production dâĂ©nergie nuclĂ©aire. »
Andrea Carta, avocat de Greenpeace EU, a dĂ©clarĂ© a ce sujet : « Le tribunal a manquĂ© une occasion en or de reconnaĂźtre que le nuclĂ©aire appartient au passĂ© et quâil ne devrait pas ĂȘtre exhumĂ© avec l’argent des contribuables. Si le traitĂ© Euratom de 1957 constitue une base lĂ©gale permettant de gaspiller les ressources publiques dans les centrales nuclĂ©aires, alors il doit ĂȘtre modifiĂ© pour reflĂ©ter la rĂ©alitĂ© d’aujourd’hui : les Ă©nergies renouvelables sont moins chĂšres, plus sĂ»res et peuvent remplacer le nuclĂ©aire. »
La dĂ©cision entrerait, selon Greenpeace, en contradiction avec les mesures de l’UE adoptĂ©es le mois dernier pour encourager les citoyens et les collectivitĂ©s Ă gĂ©nĂ©rer, consommer et vendre leur propre Ă©nergie renouvelable.
Le gouvernement britannique a garanti un tarif de 92,50 livres (104,6 euros) par mĂ©gawattheure (MWh) – le prĂ©tendu « prix d’exercice » (strike) – pour l’Ă©lectricitĂ© produite Ă Hinkley Point C. Ce prix est deux fois plus Ă©levĂ© que le prix de gros dâĂ©lectricitĂ© actuel au Royaume-Uni. Les consommateurs d’Ă©lectricitĂ© paieront la diffĂ©rence si le prix de gros de l’Ă©lectricitĂ© tombe en dessous du prix garanti. Selon des estimations Ă©manant du DĂ©partement britannique des affaires, de lâĂ©nergie et de la stratĂ©gie industrielle, cela coĂ»tera aux consommateurs britanniques autour de 30 milliards de livres (33,9 milliards d’euros) sur 35 ans.
Le rĂ©gime d’aides d’Ătat bĂ©nĂ©ficiera Ă NNGB, la sociĂ©tĂ© qui construit et exploitera Hinkley Point C, qui appartient Ă EDF et Ă China General Nuclear Power Group.
LâAutriche avait demandĂ© lâannulation de cette dĂ©cision devant le Tribunal de lâUE. Au cours de la procĂ©dure, le Luxembourg est intervenu pour soutenir de lâAutriche, tandis que la RĂ©publique tchĂšque, la France, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et le Royaume-Uni sont intervenus pour soutenir la Commission.
Dans sa prise de position, Greenpeace fait Ă©tat dâune Ă©tude rĂ©cente selon laquelle les projets appartenant Ă des coopĂ©ratives rapportent Ă lâĂ©conomie locale un revenu huit fois supĂ©rieur par rapport au projet d’une grande sociĂ©tĂ© d’Ă©lectricitĂ©. De mĂȘme, un rapport de CE Delft en 2016 aurait montrĂ© qu’avec le soutien appropriĂ©, la moitiĂ© des citoyens europĂ©ens pourraient produire leur propre Ă©lectricitĂ© Ă partir d’Ă©nergies renouvelables d’ici 2050, rĂ©pondant Ă prĂšs de la moitiĂ© de la demande d’Ă©lectricitĂ© de l’UE.

