Mobilité douce : Résistance dure

Ce ne sont pas les concepts pour rendre la ville plus attrayante pour les cyclistes qui manquent, mais le courage de les réaliser.

Vers la fin des longues semaines de confinement, ProVelo.lu (anciennement lvi) avait lancé un appel aux autorités afin de ne pas laisser étouffer le regain de popularité qu’avait connu la bicyclette durant cette période extraordinaire. Le confinement avait en effet mené à une situation presque idyllique : même sur les axes principaux, rouler à bicyclette devenait un jeu d’enfant. L’espèce des cyclopèdes commençait à se propager presque plus vite que le virus ayant causé ces mesures drastiques.

Mais le petit lobby du vélo n’était pas dupe : il fallait prendre les mesures adaptées pour que celles et ceux qui avaient commencé à (ré-)utiliser leur bicyclette puissent continuer à le faire, une fois que le trafic allait reprendre.

Dans d’autres villes d’Europe, des installations « pop up » virent le jour : couloirs à vélo spéciaux, carrefours priorisant le passage de la mobilité douce, espaces mixtes limités à 20 km/h… Provisoires au début, beaucoup de ces mesures devenaient définitives, la mobilité douce mettant les autorités devant le fait accompli. Et au Luxembourg ? Un hasard du calendrier a fait que nous avons pu assister ces derniers jours à plein d’inaugurations visant en particulier le vélo : l’ouverture de la piste cyclable sur le viaduc ou la mise en place de « feux vélos », par exemple.

Or, la ferveur affichée des autorités cache plutôt un retard énorme accumulé bien avant la pandémie. Aussi bien la fermeture de la piste cyclable sur le viaduc, il y a deux ans, que sa réouverture étaient connues largement à l’avance. Mais ni la solution de remplacement ni la remise en service ne semblent avoir vraiment préoccupé les responsables politiques. On entend déjà le ministère des Infrastructures et le service circulation de la Ville se renvoyer la balle ; reste que les cyclistes doivent vivre avec le résultat de ces désaccords.

Les points névralgiques de toute piste cyclable sont bien connus : le début, la fin et les interruptions. Ainsi, le passage par le viaduc vers la gare relève de l’absurde : les cyclistes arrivent dans le dos des piétons, devant un feu qui ne passe au vert que longtemps après avoir poussé un bouton. Celui-ci (auquel les piétons ne songent car ils s’attendent à un feu automatique) se trouve à l’opposé de l’endroit où les vélos arrivent et impose aux cyclistes de se faufiler à travers les piétons pour l’activer.

L’échevin responsable de la mobilité n’a qu’à dénoncer celles et ceux qui l’empêchent de concrétiser les bonnes idées.

En direction du centre, la situation n’est pas plus glorieuse. On a déjà parlé des poteaux devant la résidence de l’ambassadeur britannique, au milieu de la piste. On a seulement oublié d’apposer, dans cette zone mixte piétonne/cycliste, la consigne « débrouillez-vous ». Plus loin, les vélos doivent changer de côté en traversant deux fois avec les piétons (en n’oubliant pas de pousser le bouton !) la voie réservée aux voitures…

Les fameux « feux vélos », eux, ne légalisent qu’une pratique déjà largement suivie par les cyclistes : tourner à droite si aucun trafic de voiture ne vous croise, en laissant la priorité aux piétions, mais sans attendre que le feu passe au vert, par exemple. La Ville se vante d’être la première à les instaurer au Luxembourg, mais c’est aussi dans notre capitale que le besoin est le plus pressant. Inscrite au Code de la route il y a plus de deux ans, cette mesure aurait déjà pu servir à grande échelle. La Ville parle maintenant d’une « phase test » sur quelques croisements, qu’il faudrait évaluer. Comme si les exemples existant à l’étranger depuis belle lurette n’avaient pas été concluants.

L’échevin chargé de la mobilité se plaint d’une mauvaise presse, alors qu’il ne ménage pas ses efforts. Il n’a qu’à dénoncer celles et ceux qui l’empêchent de concrétiser les bonnes idées, les siennes et celles qui lui sont régulièrement soumises, et mettre au vote les solutions qui s’imposent, sans plus tarder.


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