Série : Que reste-t-il de nos amours ? (15/16) : Maison Lessure : Six générations at work

Gilbert et Charly Schilling sont respectivement le gendre et le petit-fils de Micheline Lessure, l’héritière d’un magasin de vêtements de travail qui cette année fête ses 150 ans. Leur devise : qualité, confort et commerce équitable.

Photos : Paulo Jorge Lobo

Gilbert : La maison Lessure fut fondée en 1870 par l’arrière-arrière-grand-père de ma femme, Charles Lessure. Il était commerçant de tissus et de chaussures et se promenait avec un chariot sur les marchés. Il décida de se fixer et s’installa avenue de la gare, là où plus tard se trouverait Steinhäuser. Avec son fils Michel, il déménagea le magasin au 32 de la même avenue au début des années 1920. Il y a deux ans, nous avons déménagé juste à côté, dans la rue Origer. Le fils de Michel, Charles, qui était le grand-père de ma femme, a dû reprendre le magasin d’urgence, suite au décès inattendu de son père. C’est lui qui a commencé à vendre des vêtements de travail, qui, à l’époque, étaient faits au Luxembourg. La fille de Charles, Micheline Lessure, a repris avec beaucoup de succès le magasin. J’ai épousé sa fille et, peu après notre mariage, ma belle-mère nous a réunis, ma femme et moi, pour trouver une solution concernant la continuité du magasin. Ainsi, en 1995, j’ai commencé à travailler chez Lessure. En tant qu’artisan, j’avais l’avantage de savoir bien de quel genre de vêtements avaient besoin les ouvriers des différents métiers. Début 2016, ma belle-mère, qui était restée la cheffe de l’entreprise, est décédée et c’est moi qui ai repris le magasin. Et nous sommes bien contents que Charly, notre fils, veuille continuer l’entreprise familiale ! J’espère qu’il sera mon successeur.

Charly : Mon prénom officiel c’est Charel, mais depuis toujours on m’appelle Charly. J’ai 22 ans. Plus jeune, pendant les vacances, j’aimais bien donner un coup de main au magasin. Après l’école, au moment où les questions sur l’avenir deviennent pressantes, je me suis dit que ce serait chouette de travailler chez mon père et de continuer à contribuer à l’entreprise familiale. Bien sûr que mes parents ne s’y sont pas opposés ! J’ai commencé en septembre 2018, en ville et aussi à ­Niederanven, où nous avons un autre magasin. J’aime bien. En fait, si on aime son travail, on n’a pas l’impression d’aller travailler.

Gilbert : Notre magasin est un des seuls au pays qui est spécialisé uniquement dans la vente des vêtements, accessoires et chaussures de travail, dans tous les domaines. Nous vendons aussi les uniformes des scouts.

Charly : Et, de plus en plus, on vend des vêtements de travail qui peuvent aussi servir pour les loisirs.

Pour l’instant, nous restons

Gilbert : Malheureusement, le quartier de la gare n’est plus attractif. Les client-e-s ont du mal à venir. Ils et elles mettent trop longtemps pour accéder au quartier avec la voiture et pour trouver un parking proche. Avec le tram ou le bus, c’est encore pire ! Souvent, il faut se déplacer à pied pour la correspondance, chargé-e de sachets et de paquets, et encore attendre l’arrivée du bus. Ce n’est pas évident non plus pour les fournisseurs ! Comment vont-ils stationner, si les emplacements de livraison sont difficilement accessibles ? Au début de ma carrière chez Lessure, j’ai déjà vécu de grands travaux dans l’avenue de la gare qui ont duré très longtemps, et rien que dans la rue Origer, deux magasins ont fait faillite, car ils étaient inaccessibles au public. Avec le tram, beaucoup de petits magasins fermeront.

Charly : Pour l’instant, nous restons. Et, pour fêter nos 150 ans, nous avons envie de faire quelque chose. Bien sûr que nous ferons des promotions !

Gilbert : Nous testons les chaussures et les vêtements que nous vendons. Nous faisons très attention à la façon dont nos vêtements sont produits. Un fournisseur doit pouvoir me prouver que ses articles ont été fabriqués de manière durable. Autrement, je ne travaillerai pas avec lui. Pour nous, le principal critère n’est pas le prix le plus bas, mais la qualité et la production équitable. Chaque personne a le droit à une vie digne et à un travail justement rémunéré.

Trois questions à 
Gilbert et Charly :

Des regrets ?
Gilbert : La disparition des magasins de tradition et des cinémas.
Charly : Je trouve dommage l’insécurité du quartier, surtout le soir.

Un vœu pour le quartier de la gare ?
Gilbert : La diversité des magasins ; que le quartier soit accessible aussi pour les client-e-s qui veulent venir en voiture.
Charly : Que l’on ait à nouveau envie de venir au quartier, qu’il soit vivant.


Le quartier de la gare raconté par ses habitant-e-s

Diversité ? Danger ? Gentrification ? Pluralité ? Paca Rimbau Hernández propose de parcourir l’histoire et la vie du quartier de la gare à travers des témoignages de personnes qui l’habitent, le bâtissent et parfois le subissent. Déjà en 1999 et en 2000, notre auteure avait tiré le portrait de ce quartier fascinant avec sa série « Que reste-t-il de nos amours ? » (à retrouver dans les archives du woxx). Presque vingt ans plus tard, sa nouvelle série témoigne des mutations urbaines et sociales qui façonnent ce lieu de passage et de vie des êtres humains et de leurs histoires.


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