Le bon, le méchant et le laboratoire: Virus de la désunion

Sous prétexte de mieux savoir comment rechercher l’origine du coronavirus, les États-Unis et la Chine font monter la tension internationale.

Aargh, ce virus mortel est mon œuvre ! Joe Biden et Xi Jinping ne sont pas des savants fous, mais des politiciens malhabiles. (Wikimedia ; J.J. ; CC BY-SA 3.0)

Si le président Joe Biden était malin, il aurait dit : « Nous avons mené une enquête sur l’origine du coronavirus, que certains situent au laboratoire de Wuhan. Nos services secrets n’ont pas pu confirmer cette hypothèse. On arrête les frais et on continue de chercher dans d’autres directions. » Si le président Xi Jinping était malin, il aurait dit : « La manière dont les États-Unis insistent sur l’idée que notre laboratoire serait à l’origine de la pandémie est une insulte. Mais cela ne surprend pas de la part d’un pays qui a du mal à reconnaître les réalités scientifiques. La Chine n’en donnera pas moins accès à toutes les informations dont l’Organisation mondiale de la santé a besoin. »

Au lieu de cela, Biden a profité de la publication du rapport d’enquête pour malmener la Chine : « Depuis le début, les officiels chinois ont œuvré à empêcher les chercheurs internationaux et la communauté sanitaire mondiale [d’]accéder [aux informations sur les origines de la pandémie]. » Comme ses services secrets ont échoué à confirmer l’hypothèse du labo de Wuhan, les reproches du président américain sont restés vagues, évoquant le non-respect des normes et standards scientifiques et exigeant que la Chine rende des comptes de manière complète et transparente. « Nous ne nous contenterons pas de moins que cela », a-t-il lancé.

De son côté, Pékin a contre-attaqué à travers son corps diplomatique. Le nouvel ambassadeur à Washington a critiqué l’enquête des services secrets américains, qui serait partie de la mauvaise hypothèse, celle d’un virus fabriqué dans un labo chinois. Durcissant le ton par rapport à son prédécesseur, il a notamment suggéré que l’Organisation mondiale de la santé (OMS, sigle anglais : WHO) aille voir du côté du laboratoire américain de Fort Detrick.

Cet échange extrêmement politisé sur les origines du virus occulte le fait que d’une part l’hypothèse de laboratoire est tenue pour très improbable par la majorité de la communauté scientifique, mais que d’autre part cette communauté souhaiterait explorer cette piste, tout en priorisant les autres – des recherches sur place impossibles sans l’accord de la Chine. Il est paradoxal que Biden réclame que des portes s’ouvrent, alors que précisément à cause de l’enquête américaine et de la rhétorique qui l’accompagne, ces portes sont désormais fermées à double tour.

Une évolution qui rend le travail de la WHO difficile, et qui prive le monde entier d’un savoir utile par rapport à la prévention de pandémies futures. Mais ce n’est là qu’un avant-goût des effets du cercle vicieux dans lequel se sont engagées les deux superpuissances, et qui risque d’affecter de nombreux domaines dans lesquels une coopération mondiale serait essentielle, comme le climat ou la biodiversité. La manière rude dont la Chine agit sur le plan international depuis quelques années peut choquer – mais fait-elle autre chose que de reproduire le comportement arrogant des États-Unis ? Habitué à dicter leur conduite aux pays plus modestes, ayant claqué la porte de l’accord de Paris et de la WHO, Washington n’est pas vraiment en position de critiquer Pékin.

La Chine fait-elle autre chose que de reproduire le comportement arrogant des États-Unis ?

Avec le Summit for Democracy, organisé par Joe Biden en décembre de cette année, la confrontation entre l’Ouest et l’Est franchira une nouvelle étape. Dans ce jeu consistant à dénoncer les torts de l’adversaire, qui sortira gagnant ? Le monde occidental risque de surestimer sa popularité et le rayonnement de « ses » valeurs dans le reste du monde. Côté vaccins, par exemple, la Chine joue habilement de son image d’amie des pays en développement. Pendant ce temps, les États-Unis et d’autres pays riches s’apprêtent à distribuer des troisièmes doses à leur population, alors que le reste du monde attend encore la première.

Reverra-t-on un Tiers Monde tiraillé entre deux blocs, comme pendant la guerre froide, avec ses conflits meurtriers par procuration, et toujours sous la menace d’une explosion globale ? Et même à supposer que le monde occidental parvienne à rallier plus de pays, à dominer à nouveau les institutions internationales, ne serait-ce pas là qu’une victoire à la Pyrrhus ? Car le monde serait désuni, alors qu’on aurait besoin qu’il soit uni comme jamais auparavant.


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