Liberté de la presse : Un mort et un arrêté

Avec le nouveau meurtre d’un journaliste en Grèce, la liberté de la presse en Europe démarre l’année de façon sanglante. En même temps, en Russie, un journaliste membre de l’ICIJ a été interrogé par le FSB.

(the_movement_2000)

Encore un qui ne dérangera plus : le 9 avril, le journaliste d’investigation grec Giorgos Karaivaz est abattu devant son domicile dans la banlieue d’Athènes en rentrant d’un plateau de télévision. Selon plusieurs articles, le monde politique grec – avec à sa tête le parti de droite Nouvelle Démocratie (ND), depuis que la gauche a été chassée du pouvoir – aurait attendu un peu trop longtemps avant de réagir, ce qui pour certain-e-s étoffe la thèse d’un assassinat politique qui pourrait émaner du pouvoir en place.

En effet, Karaivaz avait tout pour rendre nerveux des politicien-ne-s aux mœurs relâchées : une grande crédibilité grâce à son propre site, Bloko, une apparition quotidienne à la télévision ainsi qu’une longue histoire de chasseur de corrompu-e-s. Selon le correspondant athénien du quotidien français « Libération », Karaivaz travaillait en effet sur au moins trois enquêtes qui mettent ND et ses cercles dans l’embarras. Elles concernent l’ex-directeur du Théâtre national grec, Dimitris Lignadis, nommé dans l’opacité et soupçonné d’avoir abusé des mineur-e-s qui aurait profité d’une protection politique magnanime, ou encore le présentateur télé Menios Fourthiotis, proche de ND au point de vouloir être son candidat, mais qui plonge aussi dans le monde de l’escort – et profiterait d’une protection policière rapprochée. Enfin, Karaivaz s’intéressait aussi aux liens entre hauts responsables de la police et sociétés de sécurité privée, avec des soupçons d’entente sur la gestion du monde de la nuit. Une affaire qui dure depuis des années et dans le cadre de laquelle deux ex-policiers et un criminel ont déjà trouvé la mort. Karaivaz lui-même avait été brièvement accusé d’avoir accepté de l’argent de ces cercles. Après avoir démenti, il s’apprêtait à témoigner sous peu. En d’autres mots, l’hypothèse d’un meurtre commandité par les sphères politiques n’est définitivement pas à écarter.

Dans le même temps, en Russie, c’est Roman Anin, fondateur et rédacteur en chef du site d’information IStories et membre de l’équipe russe du International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ), qui se retrouve dans le viseur du service secret FSB, le successeur du KGB. Un jour après l’assassinat d’Athènes, Anin a fait l’objet d’une fouille, de la confiscation de son matériel électronique et d’une perquisition des bureaux d’IStories. Le contexte était une histoire datant de 2016, quand Anin a publié un article sur un dirigeant de Rosneft, la deuxième société pétrolière de l’État russe après Gazprom. Il citait notamment un yacht nommé „Olga“ et évoquait d’autres détails pas très appétissants. L’oligarque Igor Sechin, au centre de l’enquête d’Anin et que ses proches surnommeraient Darth Vader, a attaqué le journaliste et la « Novaya Gazeta » – le journal jadis dirigé par Anna Politkovskaïa –  en justice et obtenu un droit de réponse. Il paraît que cette enquête vient d’être rouverte, non pas par la justice, mais par des investigateurs étatiques qui, dans des cas importants, peuvent faire appel au FSB. Entre-temps, Roman Anin a été libéré, mais devra s’expliquer une nouvelle fois devant les enquêteurs bientôt – ce qu’il a fait jusqu’ici en tant que témoin uniquement.


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