LSAP : passé glorieux, avenir incertain

Un coup d’arrêt au déclin électoral, c’est mieux que ce que beaucoup de socialistes n’espéraient. Mais la question de savoir comment surmonter la crise structurelle de la social-démocratie reste posée.

Une autre Europe avec le LSAP ? Cela n’a guère convaincu l’électorat. (https://europa.lsap.lu)

Le LSAP, un parti en déclin ? Depuis les législatives de 1984, la baisse des résultats électoraux a été quasiment continue, juste interrompue par une minihausse en 2004. Habitué à rassembler autour de 30 pour cent des voix dans les décennies d’après-guerre, en octobre dernier le LSAP a fait 17 pour cent, continuant son déclin par rapport à 2013.

Mais les choses vont changer. C’est du moins ce qu’affirment les plus optimistes des socialistes au vu du résultat aux européennes de dimanche dernier : un gain de 0,44 pour cent par rapport à 2014. C’est mieux qu’une perte, mais replacé dans son contexte, cela laisse perplexe. En effet, les résultats du LSAP aux européennes sont depuis longtemps encore pires qu’aux législatives, et celui de 2014, avec moins de 12 pour cent, était catastrophique. De surcroît, après avoir été relégué à la quatrième place en 2014, voici que les socialistes se font talonner par l’ADR et les Pirates. Difficile d’affirmer que le parti serait en train d’inverser la tendance.

Qui sera député-e européen-ne ?

Dans les quelques communes du Sud où le LSAP arrive en tête, il ne le doit pas à des gains significatifs, mais à l’effondrement du CSV au profit… de Déi Gréng. Ailleurs, les socialistes stagnent – décidément, les vieux « partis populaires » (« Vollekspartei ») ne font plus recette.

Le premier élu est Nicolas Schmit, en principe désigné comme membre de la Commission européenne à venir. Avec un score aussi faible pour la liste qu’il conduisait, l’ancien ministre a-t-il été désavoué ? Pas vraiment, car son score personnel est respectable. Si l’on ne compte que les voix personnelles, il est même le 6e politicien le mieux élu parmi les 60 candidat-e-s. Sa co-tête de liste, la jeune Lisa Kersch (interviewée début mai dans le cadre de notre série), obtient un résultat honorable, mais ne termine que troisième. Ce sera donc normalement Marc Angel qui siégera comme député européen, après avoir déjà terminé deuxième en 2014.

Entre le social et l’écologique

Le vote européen au Luxembourg est parfois protestataire, comme en 2014, mais normalement un vote d’expression de sympathie. Clairement, le gouvernement actuel est bien vu par l’électorat – mais les socialistes n’en profitent pas. Et cette fois-ci, pas de doute : ce n’est ni Déi Lénk ni l’autre grand « parti populaire », le CSV, qui a asséché réservoir de voix du LSAP. Ces voix sont allées au centre, aux libéraux et aux écologistes comme dans bon nombre d’autres pays européens.

C’est que le sujet phare du LSAP reste la justice sociale – plus concrètement l’État-providence et les mécanismes de redistribution. Un sujet qui, avec l’apparente reprise économique, ne fait pas recette. Oubliées la crise et l’austérité, l’électorat fait confiance au DP, sans doute considéré comme le parti de l’« économie qui gagne ».

Quant aux inquiétudes face aux défis écologiques, c’est le parti Déi Gréng qui en a profité. Pourtant, le LSAP a entamé un véritable virage vert au niveau de ses positionnements en faveur de l’écologie et du climat (voir online-woxx) – mais la crédibilité semble lui faire défaut. On verra dans les années qui viennent s’il va persévérer dans la voie de conciliation de l’écologique et du social, un sujet qui risque de devenir de plus en plus important.


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