Au-delà de l’almanach Caritas : peurs et protection

Des idées pour un nouveau départ, c’est ce que veut proposer l’Almanach social 2021. Il peut cependant tout aussi bien inspirer une réflexion plus pessimiste.

Le pouvoir de l’État, arrogant et répressif. Graffiti chilien montrant le président Sebastián Piñera.
(photo : Raymond Klein)

Depuis sa première édition, en 2007, l’Almanach social de la Caritas a vocation à dénoncer les déficits de la société et de la politique luxembourgeoise, mais aussi à esquisser des pistes pour améliorer les choses. Dans l’ultime édition, on trouve une fois de plus des raisons d’espérer, et une analyse des tendances telles que la mise en question des mécanismes de marché ou le rôle renforcé des États à la suite de la pandémie (woxx 1636 : Quel avenir ?). Et pourtant, cet almanach peut aussi inspirer des inquiétudes, à travers notamment les contributions sur le traitement des réfugié-e-s pendant la crise de la covid : le renfermement des nations sur elles-mêmes, inspiré par la peur, est-il réversible ?

En généralisant des aspects soulevés dans l’Almanach, on peut s’inquiéter de manière plus générale du rôle croissant joué par les peurs au niveau des processus politiques. Depuis 2001, la peur du terrorisme s’est imposée comme facteur essentiel, conduisant à des mesures liberticides à l’intérieur des pays occidentaux et à des interventions militaires à l’extérieur. Début 2020, le virus est venu s’ajouter comme une autre menace mortelle contre laquelle la population compte être protégée. Ces peurs ont interagi avec la xénophobie latente, reprise en premier lieu par l’extrême droite, mais répandue sur l’ensemble de l’échiquier politique. Enfin, la compétition géostratégique entre les États-Unis et la Chine semble conduire à la conceptualisation d’un nouvel « empire du mal », après l’Union soviétique et l’islamisme international.

Défis écologiques et sociaux

Quand la peur gouverne les processus politiques, la priorité est donnée, par la population comme par ses dirigeant-e-s, à la protection. La protection recouvre bien sûr des mesures comme la vigilance antiterroriste ou les règles sanitaires, voire des dispositifs militaires défensifs. Mais au nom de la sauvegarde de notre sécurité, nous pouvons aussi être amené-e-s à sacrifier nos droits fondamentaux, à bafouer les droits des migrant-e-s et à violer le droit international face aux « méchant-e-s ». Les critiques justifiées de la mondialisation libérale, articulées depuis 30 ans par la gauche radicale et écologique, risquent désormais d’apparaître comme le complément naturel d’un repli sur soi généralisé au nom de la préservation de notre sûreté et de nos intérêts (online-woxx : Démondialisation, fausse bonne idée).

Les véritables défis sont ailleurs. En premier lieu, s’attaquer aux crises écologiques (climat, biodiversité…) – ce qui représenterait aussi une politique de prévention, plutôt que de protection face aux zoonoses, ces maladies transmises de l’animal à l’humain. Ensuite, les déséquilibres sociaux et économiques, au sein des pays, mais surtout à l’échelle mondiale, mettent en danger la mise en œuvre des politiques climatiques nécessaires et favorisent le développement de conflits géopolitiques.

Un État renforcé, bonne nouvelle ?

Bien entendu, la tentation sera forte de mettre le pouvoir accru des institutions publiques au service de la « protection » contre ce qui fait peur, et de négliger le développement de dynamiques positives. En cas d’échec sur le plan environnemental ou social, on pourra toujours en attribuer la faute aux « ennemis », qui restreindraient nos « marges de manœuvre », voire tenteraient activement de déstabiliser nos systèmes politiques. Il est probable que, comme l’écrit Wolfgang Kessler, les institutions étatiques sortent renforcées de la crise pandémique – mais pour quoi faire ?

 


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