Campagne électorale : des spots sur la touche

À peine commencée, la campagne pour les européennes connaît ses premiers couacs : des spots des partis Déi Lénk et Volt ne sont pas diffusés sur RTL parce qu’ils ne sont pas en luxembourgeois.

Les candidat-e-s de déi Lénk lors d’un meeting avec leurs partenaires européens. (©déi lénk)

Ils ne sont pas contents et vont le faire savoir : dans une question urgente au ministre des Médias, les députés Déi Lénk Marc Baum et David Wagner se montrent scandalisés du fait que RTL refuse de montrer deux (sur six au total) de leurs spots électoraux. La raison avancée par RTL et la maison-mère CLT-UFA est que les deux courtes vidéos sont en langue française, alors que toutes les vidéos devraient être en langue luxembourgeoise. « C’est un comble, quand on se met dans la perspective des élections européennes, où les étrangers-ères ont le droit de voter et de se faire élire », vitupère Marc Baum, ajoutant que la décision leur a été signifiée très tard, à savoir le 17 avril.

Une indignation partagée par son collègue David Wagner, qui précise que les deux spots sont sous-titrés en luxembourgeois : « Deux de nos candidat-e-s, Sandrine Gashonga et Antoni Montserrat, bien qu’ils comprennent le luxembourgeois, ont préféré s’exprimer en français. Cette décision prise par la régie publicitaire de la CLT-UFA, IP Luxembourg, est complètement discriminatoire et douteuse, parce qu’elle est aussi une immixtion du privé dans le processus démocratique. » Le parti a décidé de saisir l’Alia (Autorité luxembourgeoise indépendante de l’audiovisuel), qui pour la première fois est chargée de surveiller la campagne médiatique  des élections européennes (elle a repris le flambeau du Service information et presse du gouvernement) sur les deux médias du service public, la radio 100,7 et RTL pour la partie télévisée. L’Alia a adressé une lettre à la CLT-UFA, qui a cependant campé sur ses positions.

Une fiche technique qui exige la langue luxembourgeoise

La radio socio-culturelle a confirmé au woxx de ne pas avoir reçu de consignes regardant les langues des spots électoraux, dont la diffusion a commencé le 29 avril, en affirmant qu’« en tant que radio publique, nous n’exerçons aucune influence sur le contenu ou la programmation des spots. Nous nous permettons uniquement de contrôler la qualité du son et de demander des améliorations si cela s’avère nécessaire. Nous avons reçu des spots en luxembourgeois et en français, tous ont été diffusés ».

Joint par le woxx, le directeur de l’Alia, Romain Kohn, confirme avoir été contacté par le parti de gauche et qu’une procédure interne (après une autosaisine de l’autorité) a été lancée et suit son cours.

Alors pourquoi ça coince chez CLT-UFA ? Christophe Goossens, le CEO, ne voit pas les choses du même œil : « Quand j’entends que RTL serait en train de boycotter des spots d’un parti parce qu’ils sont en français, ça me met en colère. Nous ne faisons qu’appliquer la concession et le deal que nous avons conclu avec l’Alia et les partis. Et la fiche technique envoyée à tous les partis mentionne au premier point que les spots doivent être en langue luxembourgeoise. RTL ne fait donc qu’appliquer les règles. »

Un argument qui met en rage davantage encore David Wagner : « La fiche technique est la même depuis plusieurs campagnes, et elle sert surtout aux réalisateurs-trices des spots à connaître les formats son et vidéo requis. La langue n’est pas pour nous une caractéristique technique, ce n’est pas un détail informatique – mais quelque chose d’essentiel. »

L’on peut d’ores et déjà être curieux de lire la réponse de Xavier Bettel face à cette situation embarrassante.


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