Culture : KEP sur le nation branding !

Dans le chapitre de l’accord de coalition dédié à la culture, peu de nouveau, si ce n’est la création d’une agence et une nouvelle profession de foi envers le nation branding.

Le préambule aux mesures concrètes se lit comme un amas de « best practices », dont certaines sont presque copiées-collées du plan de développement culturel présenté un peu à la va-vite à la fin de la dernière législature. Ainsi, il y est question de « droits culturels », de « politique culturelle inclusive », de « processus ouverts et interactifs » – bref c’est un peu Noël avant l’heure. La seule chose difficile à comprendre est la formulation suivante concernant le KEP : « Le KEP 1.0 sera analysé afin d’identifier les mesures à transposer immédiatement, respectivement à court terme et à moyen terme et les moyens nécessaires en vue de sa transposition seront mis à disposition ».

Et cela alors qu’il existe une feuille de route, très précise, dans le document même (sous le chapitre V « Le plan d’action »). On voit mal ce qui resterait encore à analyser, les mesures sont listées selon leurs possibilités de réalisation dans le temps, et même si elles ne sont pas chiffrées, tout le monde sait que la mise en marche du KEP dépend aussi d’une augmentation substantielle des moyens mis à disposition de la culture. Mais du moins, le gouvernement semble avoir tiré quelques leçons du processus qui a mené à l’élaboration de ce document – entre autres l’annonce que les taux de TVA (souvent insensés) soient revus à la baisse. 

Parmi les mesures concrètes, retenons la réitération de la volonté (affirmée par certains gouvernements précédents) de rapprocher éducation et culture, notamment par le projet « Kulturama » fraîchement lancé. Autre « evergreen » : les Archives nationales, toujours pas construites. Alors qu’en 2013, le programme gouvernemental ne les mentionnait que dans une seule phrase (« Les Archives doivent déménager dans de nouveaux locaux modernes pour assumer pleinement leur rôle d’acteur national dans ce domaine. »), la mouture 2018 leur consacre un paragraphe entier promettant que « le projet de construction d’un nouveau bâtiment pour les Archives nationales sera finalisé » et ajoutant à la fin : « une culture d’archivage sera promue dans tous les domaines ». Le hic, c’est qu’avec la nouvelle loi, cette culture d’archivage est devenue obligatoire dans beaucoup de domaines – avec une exception pour le ministère des Finances, bien sûr.

La protection du patrimoine culturel ne doit pas manquer à l’appel, autre domaine où une vraie réforme se fait attendre depuis des décennies. Et cette fois sera la bonne apparemment, car la « réforme de la loi sur la protection des sites et monuments nationaux (…) sera finalisée ». Il y a juste une phrase, la dernière du paragraphe, qui fait tiquer : « La culture industrielle et mémorielle sera également soutenue ». Autant dire que le projet concret d’un Centre national de la culture industrielle c’est pour les calendes grecques.

Par contre, la galerie nationale d’art moderne luxembourgeois, projet appelé de ses vœux par Xavier Bettel, est toujours au menu de la culture – avec un centre de documentation et un lexique scientifique des artistes luxembourgeois-e-s en vue. Reste à déterminer quelle forme légale prendra cette galerie, une fondation de droit privé ou un établissement public.

Outre une meilleure interconnexion des bibliothèques et la création d’un Bicherbus, il est prévu d’harmoniser les frais de l’enseignement musical et de rendre le financement des conservatoires plus transparent. Et puis, il y aura bientôt des « hubs créatifs » dans tout le pays (entre autres à la villa Louvigny) – pour renforcer les liens entre économie et culture.

Finalement, la création d’une agence « Luxembourg for Culture » sera étudiée. Si elle se base largement sur les revendications du KEP – où elle n’a pas fait l’unanimité pendant les discussions – force est de constater que le gouvernement non plus ne semble pas être sûr quelle direction prendra ce nouvel instrument. Mais du moins avec « L4C », il dispose déjà d’un joli acronyme à classer à côté de « Luxembourg for Finance » et « Luxembourg for Business ».

Mais ce n’est pas le seul alignement sur le monde économique que l’accord prévoit. Ainsi, au dernier paragraphe, « Promotion artistique à l’étranger », il est prévu qu’outre la présence aux événements artistiques internationaux, on intégrera le secteur culturel « systématiquement aux visites et missions internationales pour faire connaître le Luxembourg comme pôle culturel », cela pour « renforcer la dimension culturelle du ‘nation branding’ ». Chères et chers artistes, le ministère a beau changer de main et de parti, il faudra continuer à essayer de rester ou devenir rentables…


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