Déi Lénk : le chaud et le froid

Accélérer et démocratiser l’assainissement énergétique, ce serait écologique et social à la fois. Mais les propositions de Déi Lénk ne convainquent pas.

Video der 2016er Wunnen-Kampagne von Déi Lénk.

Le programme d’assainissement énergétique du gouvernement est-il efficace ? Est-il socialement juste ? Et que peut-on faire pour l’habitat locatif ? Trois questions qui méritent débat, et que Déi Lénk soulève dans une prise de position présentée jeudi dernier.

Le parti de gauche avance qu’à ce jour, seulement 26 ménages ont pu profiter des prêts climatiques de la « Klimabank », créée en 2016. Il estime donc que les ménages à revenu modeste ne sont pas en position de gérer des investissements importants et qu’en conséquence ils ne profitent pas des primes à l’assainissement. Enfin, les locataires n’y ont pas du tout accès, et n’en payent pas moins des charges de chauffage importantes.

Priorité aux faibles !

Le constat de Déi Lénk est judicieux, mais quels remèdes sont proposés ? « Nous voulons mettre en place une stratégie de rénovation pilotée et largement financée par l’État qui vise l’assainissement de 6.000 logements par an » est-il annoncé dans le dossier de presse. De plus, « il faut prioritairement s’occuper des logements les plus vétustes et créer des formules de financement mixtes (privé et public) et innovantes accessibles à tous ». L’objectif étant de contribuer à atteindre les objectifs de baisse des émissions de CO2 pour 2030 (-55 pour cent) et 2050 (atteindre le zéro net).

Le « pôle de financement public » (incluant une part de crédit privé) que Déi Lénk a concocté n’a cependant rien d’original. Par contre l’idée qu’un « Service public de l’Habitat » puisse « prendre en charge le conseil énergétique » et fournir « les services de conseil énergétique et de suivi des travaux du début jusqu’à la fin » fait sens. Rappelons qu’actuellement la nécessité d’organiser les démarches soi-même semble décourager la plupart des ménages, qu’ils soient modestes ou aisés.

Haro sur « les 26 familles » ?

Les propositions modérées de Déi Lénk contrastent avec le ton très revendicatif du dossier de presse. À commencer par le slogan de la « sobriété énergétique pour tous » – alors qu’il s’agit simplement d’efficacité, et seulement dans le domaine de l’habitat (le parti hésitant à s’engager du côté de la mobilité « sobre pour tous »). Le ton est également très populiste dans la dénonciation du programme actuel, supposé privilégier les ménages aisés. En lisant que seulement 26 ménages ont profité des prêts climatiques, on se demande s’il s’agit des « 26 familles qui contrôlent le Luxembourg », à l’image du slogan des « 200 familles » de la gauche française des années 1930.

Or, il est probable que le programme actuel de soutien aux assainissements énergétiques soit simplement dissuasif pour tout le monde. Le fait est que Déi Lénk ne distingue pas vraiment entre la première et la deuxième question soulevées en début d’article. Et ce que le parti propose pourrait être utile aux ménages aisés comme aux ménages modestes … à condition qu’ils soient propriétaires.

Les locataires, c’est compliqué

En effet, si le dossier de presse réserve beaucoup de place au risque de pauvreté, notamment des locataires, il offre peu de solutions à leurs problèmes. Tout d’abord, les dépenses chauffage sont certes pesantes pour ces ménages, mais le niveau général des loyers pèse bien plus lourd. Ensuite, Déi Lénk souhaiterait que les loyers augmentent le moins possible à la suite d’assainissements énergétiques effectués par les propriétaires – louable intention, mais qui ne tient pas la route économiquement.

Tout d’abord parce que l’immobilier est soumis à la loi du marché : la demande pour des logements bien isolés sera plus grande, entraînant des loyers plus élevés. Ensuite, des dispositions bloquant les loyers seront contre-productives et conduiront de nombreux propriétaires à renoncer à un assainissement, tandis que leurs locataires continueront à payer des charges élevées et à produire du CO2.

D’une certaine manière, Déi Lénk dénonce trop et propose trop peu. La prise de position est destinée à profiler le parti comme faisant converger les luttes écologiques et sociales. Or, pour sauver le climat, les considérations sociales ne devraient pas freiner les investissements nécessaires dans les infrastructures. Quant au domaine du logement, comme nous l’avions écrit, la seule manière d’avancer est de « faire du communisme » (woxx 1343 : « L’immobilier, c’est le vol ! »).

 


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